« Où est passée la Mère Noël ?

Ils l'ont fait cuire dans la ch'minée »

Bérurier Noir

*

25 décembre 02h37.

- Nordahl ?

- Ouais Jørgen.

- J’ai chaud.

- Je sais…. Moi aussi Jørgen, j’ai chaud.

Jørgen et Nordahl n’aimaient pas ces pays du continent européen. Il faisait une chaleur éprouvante. Pour cette soirée, le thermomètre affichait à un bon 3°. La nuit était noire, un vrai cul d’ours polaire. Les éclairages publics de la ville étaient mélangés aux guirlandes multicolores de Noël. Cette lumière intense permettait de voir le sommet de la tour Montparnasse, effacée par une brume épaisse.

Nordahl et Jørgen, stationnés sur l’avenue de Maine, le poil humide, l’œil torve, patientaient. Le retour de l’autre se faisait attendre.

Les deux collègues de travail se connaissaient depuis le début du mois de décembre. Cette rencontre les avait un peu rapprochés, sans enthousiasme véritable, mais sans animosité particulière non plus. Ils se connaissaient de vue, depuis qu’ils habitaient dans le même bourg de Ålesundskørgen, au nord de Larvik, en Norvège, mais ne se découvrirent vraiment qu’au début du mois. C’était le 1er décembre exactement, jour de leur première collaboration professionnelle. Avant cette tournée, ils avaient travaillé dans la même ferme d’élevage, partagé quelques centres d’intérêts communs, mais ne s’étaient jamais véritablement découverts. Bonjour, bonsoir, rien de plus.

- T’as raison, Jord, vivement que l’on rentre chez nous.

Couple improbable, Nordahl était très grand, Jørgen petit et gros.

Nordahl était un immense escogriffe, mais un peu moins charpenté que son cousin Jackson, dit “caribou-le-borgne”, qui vivait en Amérique. Mais plus que son collègue de travail Jørgen, tout de même.

En cette soirée hivernale, Jørgen avait chaussé ses tout-terrains, genre sabots larges, adaptés à la marche dans la neige et la boue des sols qui dégèlent. Malheureusement, c’était un choix erroné. Ce soir, il pleuvassait et les bottes auraient été de circonstance. Sa lourdeur n’était pas adaptée aux trottoirs de Paris. Jørgen patinait sans cesse sur le bitume glissant. Il faisait tout de même ses deux cent kilo pour une taille d’un mètre trente et ses vertèbres lui tiraient l’échine.

L’atmosphère ripait de travers et cela n’allait pas vraiment pour les deux rennes installés sur la principale artère parisienne du XIV arrondissement, Avenue du Maine.

Ils étaient stationnés devant un kiosque à journaux éclairé de néons blafards. En face de l’abri, la sortie du métro “Gaîté” était fermé depuis quelques heures déjà. La galerie marchande sur leur gauche étalait les articles de sport dans une ambiance de neige en polystyrène. A droite, une twingo grise immatriculée 68 toute cabossée était garée à proximité du kiosque. La voiture avait la vitre avant grande ouverte et visiblement, avait été soulagée de son contenu par des indélicats qui avaient dégobillé sur le siège avant et laissé tout un tas d’immondices et de canettes vides dans l’habitacle de la petite Renault.

En général, Nordahl était le plus silencieux des deux, une tombe, pas le gars drôle de prime abord. D’autres disaient de lui qu’il était mélancolique. En fait, il fallait le connaître. Jamais un mot de travers, et sa compagnie agréable avec le temps était apprécié de Jørgen. Mais la situation devenait vraiment intenable.

Nordahl pestait contre les platanes malades de Paris. Pas une once d'écorce ou de lichen comestible. Toujours cet arrière goût de gaz d’échappement désagréable. Les buissons étaient quasi inexistants dans le quartier, et l’herbe avait une vilaine odeur de bière et de graisse. De plus, Nordahl avait failli se piquer la truffe avec une seringue usagée. Non cela n’allait pas du tout ce soir.

En général, de tempérament fier, les deux s'enorgueillissaient réciproquement au bon souvenir des différents changements climatiques et aux épreuves que leurs aïeuls avaient subits et affrontés sans jamais rechigner à leur propre condition de vie. Ils étaient de la race des vainqueurs, de ces puissants qui avaient côtoyé le mammouth et le rhinocéros laineux. Mais non, définitivement cette ville, Paris, était vraiment trop naze pour eux.

Dans leur tournée, attelée coté à coté à l’avant du traineau, Jørgen était pour sa part le plus loquace des deux et faisait office de jovial de service. Mais là, tout à l’heure, rue Daguerre, lorsque pour doubler un camion à ordure, il avait fallu prendre le trottoir, Jørgen s’était cassé le bois gauche contre l’abri extérieur d’un distributeur automatique de billets. Ce n’était pas vraiment douloureux, mais rageant tout de même.

En principe Nordahl et Jørgen perdaient naturellement leur panache à l'automne. Seules les femelles en gestation et les jeunes conservaient leurs bois durant l'hiver facilitant l’accès à leur nourriture, car ils avaient moins constitués de réserves que les mâles.

Mais cette année, Jørgen avait passé la quarantaine et ne supportait pas ses pertes. Par fierté, et un peu par coquetterie, il avait - une formule élaborée à base de résine de séquoia - badigeonné ses bois pour les conserver un peu plus longtemps. Jørgen disait que les petits français ne pourraient comprendre et accepter un renne sans ses “cornes”. Nordahl s’en fichait, préférant croire à la capacité de compréhension des enfants, pour peu que les adultes ne leur racontent pas n’importe quoi.

Deux mois de cela déjà, Nordahl et Jørgen avaient perdu tous leurs combats. La période de rut se situait en octobre, et occasionnait toujours des luttes terribles entre mâles pour l’obtention d’un harem de femelles. Cette année, ils avaient accepté derechef leur disqualification dés les séries éliminatoires. Cette déconvenue habituelle avaient fait d’eux les premiers perdants du troupeau. Ils se consolaient en se disant que les nouvelles femelles étaient vraiment trop maigres et n’avaient aucun fumet au niveau de leur croupe. Ils se distrayaient avec quelques passes de ci de là. Des occasions répétées sans lendemain dans des fermes allemandes, suédoises et danoises principalement.

Ha, l’accueil des pays nordiques et leurs mœurs hautement évoluées, c’était quelque chose. Guère en France que l’on voyait cela. Même qu’une fois à Saint-Brieuc, deux Cotentines les avaient ignominieusement allumés. Affourchées et la croupe lascive de l’autre coté du barbelé, qu’elles étaient, les deux femelles. Nordahl et de Jørgen se dirigeaient à cette régalade facilement acquise et pénétrèrent dans le champ. Les jeunes girondes voyant arrivé tranquillement les rennes, roulèrent des yeux d’horreur à la vue des étrangers qui gaudillaient tranquillement, le braquemard chauffé à l’air marin. Comprenant le danger, elles firent volte face, et jouant les vierges effarouchées, quittèrent leur pose suggestive en bringuebalant leurs lourdes mamelles. Elles meuglaient et meuglaient. Finalement, elles les avaient dénoncées à leur maître installé à la ferme. Leur sauveur, un labrador bouffi tout mouscailleux avait bondi vers les rennes et croqué avec hargne leurs fines pattes. Les deux rennes se sauvèrent en claudiquant sur le chemin détrempé. Sale souvenir.

En Suisse, une cornante qui se prénommait Greta était très fier de leur exhiber sa cloche. A l’approche de Nordahl et de Jørgen, la vache gambadait comme une lapine autour d’eux, faisant sonner son majestueux bijou. Nordahl et Jørgen l’avaient rivauché à tour de rôle, au son des sonnailles de la belle, et du cor suisse du fermier. Le jeune métayer avait été enthousiasmé du passage du Père-Noël auprès de ses tous jeunes enfants.

Et comme à l’accoutumée lors de leur passage en Hollande, la grosse Rouge de Suède, qu’était une veuve d’abattoir, accueillaient toujours les deux rennes avec plaisir et volupté.

Ce soir était cafardeux. La brume au-dessus de la tour Montparnasse était tombée sur le parvis. Les rennes s’ennuyaient à s’en faire péter les couilles.

- Nordahl ?

- Ouais Jørgen.

- J’ai marché dans une merde de clebs. J’en ai plein mon ongle fendu.

- Le gauche ou le droit ?

- Qu’est ça fout. J’te dis que j’en ai marre d’attendre.

- Il fait chaud.

- A crever dans sa peau, une vraie fournaise.

- Nordahl ?

- Ouais Jørgen.

- Non rien.

- ….

- De toute façon Jørgen, je vais te dire tout cela devait mal finir. D’abord, l'homme de Neandertal. Ce petit gars, pas très évolué mais très robuste, et donc très con, était sacrement dangereux tout de même. Encore plus que les loups, ou les lions à dents de sabre, qu’y disaient nos ancêtres rennes. Ensuite, les Cro-Magnon qui nous chassaient également, mais qui nous aimaient bien tout de même. Tu sais Jørgen, ces derniers nous représentaient parfois dans leurs peintures pariétales ainsi que sur leurs outils. Les objets du Paléolithique supérieur, c’étaient nous, Jørgen. En puis au vingt-et-unième siècle, tout a dérapé trop vite. La crise et la mondialisation qu’ils disaient, les humains. Et toujours, toujours, les rennes étaient chassés dans toutes les régions du monde, pour notre viande et pour notre fourrure.

Pour Nordahl c’était un grand mystère. Ne pas savoir exactement quel stupide peuple avait domestiqué le renne en premier. Le père de Nordahl prétendait que ce savoir-faire avait été transmis de la Sibérie à la Scandinavie autour de l'an 1000 avant Jésus- Christ.

- T’as raison Nordahl, 1000 ans déjà qu’on fait ce boulot de con pour tous ces gamins qu’on voit jamais.

- C’est pas la question Jørgen. Les Sames, j’te dis. Ce sont eux qui nous ont élevé en premier, en Scandinavie, et le font d'ailleurs encore aujourd'hui. Mais bon sang, comment qu’ils le font maintenant ? Ces temps ci c’est n’importe comment. J’te jure. Trop grave de not’race.

Au début de leur rencontre, début de la préhistoire, ces lapons avaient été, tout du moins, plutôt coulant avec eux. Activité ancestrale fondamentale, en Norvège et en Suède, les rennes pouvaient aller et venir librement. C’étaient les hommes qui les suivaient. Les bêtes étaient ensuite rassemblées quelquefois au cours de l'année, pour marquer les jeunes ou tuer quelques animaux.

Mais la génération des rennes de ce vingt-et-unième siècle était vouée à être sacrifiée sur l’autel de la paresse et du grand n’importe quoi. Maintenant, le rassemblement des troupeaux était pratiqué à l'aide d'hélicoptères et de motoneiges. Nordahl fulminait à ce mauvais souvenir.

- Et pourquoi pas en batterie tant qu’on y est ! Comme avec les poules. Et de la farine de poisson à bouffer.

- J’ai entendu dire qu’aux Îles de Géorgie du Sud, quelques de nos congénères ont réussi à s’acclimater. Ils sont retournés à la vie sauvage. Tu te rends compte Nordahl, libre les mammifères qu’ils sont !

Restait plus qu’à espérer le grand soir. Jørgen avait dernièrement vu un film qui l’avait bouleversé aux larmes. Une histoire post-nucléaire, où les singes avaient pris le pouvoir sur Terre et constituaient prisonnier les derniers hommes devenus ignares en les enfermant dans toutes sortes de cages. Depuis, il divaguait sans cesse sur la “Planète des Rennes”.

Et puis cette tradition populaire partagée par la moitié de la planète à commencé un beau jour. Le traîneau du Père Noël était tiré par des rennes.

- Nordahl.

- Ouais Jørgen.

- Il est où not’bon maître.

- Je ne sais pas, j’ai trop chaud pour réfléchir.

En attendant, que le père Noël revint de sa tournée rue de Vercingétorix, Nordahl regardait la vitrine éclairée du kiosque fermé, avec tous ces journaux en présentoir. Paris Match, Science & Vie Junior, Gala et les annonces immobilières du Fig-Mag. Et cette conne de demi-pute ! Putain combien de fois déjà qu’elle s’était déjà faite larguée. Et là, le jour de Noël, elle allait encore se retrouver toute seule à mater le grand bêtisier sur TF1 ou les affligeantes cérémonies de miss France.

Sur la dernière rangée en haut de la vitrine du kiosque, les magazines gonzo présentaient leurs couvertures gaudriolesques.

- Grouloulou…

- Hein quoi Jørgen ?

- C’est pas moi qui ai parlé Nordahl.

- Eh les mecs vous faites quoi là ?

Un pigeon défraîchi s’était installé au sommet du kiosque à journaux et observait du haut de son perchoir le couple de mammifères. A la question qui leur venait du ciel, les deux rennes avaient remonté l’encolure comme une seule bête et s’étaient intéressés au volatile, la badine pendante.

Jørgen salua le volatile.

- Bonsoir.

- Bonsoir, et bonnes fêtes de Noël, répondit aussitôt Nordahl.

Le pigeon s’amusa de leur trogne. Il fit un pas sur le coté de son perchoir et se gratta le pilon avec son bec. Il leur dit.

- Grouloulou… Ouais les mecs vous faites quoi là ? Z’etes pas d’ici, vous. Faites gaffe quand même, on n’aime pas trop les étrangers chez nous.

- On vient de Norvège.

- Ah, vous êtes du nord. Cela pose moins de problème dans ce cas.

Le pigeon s’appelait Mario. Il avait une petite tête noire enfoncée dans un gros corps. Il était bâtard, moitié colombe, moitié goura. Il avait une patte en moins et la seconde ne possédait que trois vilaines excroissances tordues. Au niveau du bec, près de son œil gauche, une grosse verrue rose le défigurait. Aucune grâce, mais l’oiseau avait du chien.

Mario était jovial car il revenait des poubelles du MacDo, celles de la place Denfert-Rochereau. Il avait déjeuné copieusement, avec quelques copains ramassés au cimetière Montparnasse. Les poubelles de la restauration rapide étaient des lieux d’abondance en déchets alimentaires pour les oiseaux urbains, et les rats pouilleux qui sortaient des catacombes toutes proches. Souvent gras et sales, ces lieux de gastronomie douteuse faisaient d’eux les clochards du règne animal parisien. Qualifier d'éboueurs de ville, ils n’étaient pas toujours très reluisants et de fait peu appréciées par les autres espèces parisiennes. Mario en la circonstance fleurait le poisson pourri.

En tant que pigeon miséreux, Mario était définitivement très laid, certes, mais de nature optimiste, il était considéré par ses copains, comme un idéaliste et un contemplateur critique de la société moderne. Il s’intéressait au monde contemporain et surtout aux faits divers. D’ailleurs, un de ses hobbies, était la recherche de journaux périmés qu’il farfouillait sous les voitures en stationnement, ou dans les gares. Il s’installait à l’abri dans un caniveau et picorait avec délectation les pages arrachées d’un “Libération”, ou mieux, son préféré un “Parisien”.

Un petit complexe d’infériorité trahissait de temps à autre une certaine hardiesse déplacée dans le langage. Il fallait dire que Mario avait toujours envié son cousin Saintex, un voyageur. Celui-ci vivait entre l’Italie et l’Angleterre. Pigeon comme lui, mais une vraie bête de course. Saintex était un pigeon de race belge et avait un vol très rapide. Il avait été dressé pour porter des messages, étant donné son remarquable sens de l'orientation et sa grande résistance. Depuis quelques temps, il travaillait dans l’espionnage industriel pour un grand groupe financier spécialisé dans les fonds spéculatifs à haut risque. Du reste, un de ses aïeuls avait travaillé pour Dagron qui pendant le siège de 1870, dépêchait des petits rouleaux de photographies lilliputiennes reproduisant en tout 50000 dépêches.

La conversation entre les rennes et le pigeon commença gentiment. Considérations sur la pluie et le beau temps. Classique du démarrage conversationnel entre animaux civilisés qui n’avaient d’autres soucis que de tuer le temps. Les trois noctambules appréciaient ces moments rares et précieux. Il fallait dire que Nordahl et Jørgen n’avaient jamais trop l’occasion de faire de nouvelles rencontres, et ce, pareil pour Mario. Toujours par monts et par vaux pour les deux cervidés, et souvent chassé à coup de pied pour de faux pour le colombidé, ces simples commérages étaient vécus par eux trois, comme des moments d’épanchement tendres et soutenus entre inconnus de passage.

La circulation sur l’avenue parisienne devint plus importante. Les bus affichaient sur leurs flancs les annonces pour les prochains spectacles de patinage dysneysques à venir. Deux bétonnières déboulèrent lourdement, laissant tomber leurs miches de ciment qui s’écrasaient sur l’asphalte, éclaboussant au passage la vitrine du kiosque. A ce moment, les néons de la devanture crépitèrent. La lumière s’éteignit furtivement, puis, se ralluma à nouveau.

Après quelques instants, et d’autres bus de nuit passés, leurs échanges étaient devenus passionnés. Tout y passait. Le nucléaire, l’affaire des leucoses aviaires, les socialistes, le scandale de la neige artificielle dans les Alpes – une vraie saloperie qui entravait la glisse du traineau.

Puis les peoples : qui de Brigitte Bardot ou de Bougrain-Dubourg était le meilleur défenseur des animaux. Et encore, l’affaire des cadeaux de Noël volés dans un centre de tri à Marseille, le dernier film d’animation “Niko le petit renne” qui vivait avec sa maman et toute sa tribu dans la paisible Vallée des rennes. Et évidemment le sport avec la cinquième journée de ligue un, où Rennes recevait à domicile.

Une espèce de clochard qui fredonnait la marche nuptiale de Chopin débarqua à l’angle de la rue. Le vagabond était vêtu d’une doudoune couleur métallisée qui lui arrivait jusqu’au genoux. Chacune de ses mains agrippait un pack de mauvais vin, coincé dans le fond de ses poches ventrales. Le bonhomme, cigarette maïs coincé dans les lèvres, s’était installé à la hauteur des rennes. Il resta prostré devant Nordahl et Jørgen cherchant à comprendre d’où provenaient les roucoulements de Mario. Le pigeon ignora l’individu éméché et continua à discourir. Le dipsomane désorienté par l’insignifiance de la scène et l’absence d’éléphants roses continua son chemin.

Le débat porta ensuite sur cette malheureuse affaire surréaliste. La scène remontait au lundi dernier. En plein après-midi, près de la basilique Notre- Dame, des pandores avaient surpris un Roumain de 36 ans qui plumait un pigeon vivant, maintenu dans un sac à ordures. Une fois le sac ouvert, l’oiseau s’était enfui en courant, incapable qu’il était de voler, ses ailes étant déplumées. Le brigand avait été dénoncé à la justice pour infraction à la loi fédérale sur la protection des animaux. Le vétérinaire cantonal avait été avisé, et le roumain expulsé.

La conversation devint pesante entre les rennes qui s’amusaient de cette anecdote. Nordahl clignait des yeux et Jørgen contractait frénétiquement ses oreilles, laissant apparaitre leurs expressions amusées de circonstance. Une pleine et grosse rigolade de norvégien.

Ce qui stupéfia Mario, n’était pas que les rennes n’aient jamais entendu parler de cette histoire complètement vraie, mais Mario trouva choquant que cela les faisait tant marrer, sans une once de compassion pour son alter ego. Dans son énervement et face aux deux gros mammifères débonnaires qui n’étaient nullement indignés pour deux sous, Mario avait du mal à reprendre la parole. Il voulait exister. Il remuait, gesticulait et battait des ailes comme un colibri. Dessous ses plumes, ses effluves pestilentiels se dégageaient fortement. Avec son bec, Mario ratissait rageusement son plumage, dégageant une mucosité verdâtre de son ailette gauche. La droite pleine de gale lui ramenait ses vielles démangeaisons. Et pour finir, son trou de balle élimé, plein de croûtes, l’agaçait à nouveau. Les deux rennes l’avaient énervé.

Et de fil en aiguille, cette simple jacasserie était devenue plus vive et enfin véritablement agressive. Les roucoulades de Mario devinrent des râles de rapace.

Sentant la situation s’envenimée, et dans l’idée de détendre un peu l’atmosphère, Jørgen gratta le sol pour attirer l’attention de tous. Remuant ensuite la queue, il dit.

- Dis donc toi, t’es bavarde comme une pie. Dit Nordahl.

- Grouloulou ? Répondit Mario.

- ….Et t’as une haleine de mouette. Dit Jørgen.

Mario leva les ailes sèchement. Une fine plume se détacha du corps. L’oiseau dit :

- Et vous d’abord, votre maître le Père Noël c’est un salaud.

Les deux rennes furent subitement étonnés de ce changement de conversation au pied levé.

- Ho tout doux, c’était juste pour calmer l’ambiance. Juste un peu d’humour vachard. Répondit Nordahl.

Jørgen fit un pas de coté, mal à l’aise. Ses flans avaient heurté la vitrine du kiosque. Les néons grésillaient, la lumière s’éteignit à nouveau quelques secondes, s’illumina, puis éclaira intensément l’emplacement.

Paris noir, Paris sale, il se mit à pleuvoir. Même si cela n’allait pas durer, le temps n’était pas à mettre un chat dehors.

- Hé, le piaf, quelle mouche te pique ? T’y vas un peu fort… C’est quoi, ton problème ?

Nordahl interrogea la tourterelle de poubelle, plus pour savoir où il voulait en venir, que pour poursuivre l’échange en invectives gratuites qui commençait sévèrement à le gonfler.

Généralement leur maître le Père-Noël n’était pas le sujet de discussion entre amis de passage – un homme qui plus est, vieux de surcroît, et reconnu par ses semblables comme honnête et sans problème sérieux. Cette apostrophe injurieuse avait étonné Nordahl. Jørgen, quand à lui, décela dans l’apostrophe le début d’un débat convenu. Considéré comme un lieu commun de l’accusation récurrente, le Père-Noël était soit disant le plus grand pédophile de l’histoire.

Certes, le Père-Noël n’était pas assez dénigré, mais l’attaque éculée sur fond de détournement de mœurs était un combat perdu d’avance. Ses détracteurs l’associaient trop souvent à un vieux bonhomme qui sous couvert de distribution de cadeaux à tous les enfants déshérités du monde, préférait leur jeune compagnie.

Nordahl tambourina le sol. Et à cause de la fournaise parisienne de cette veille de Noël et de son stress il commençait à sentir le fauve.

- Ne prenons par les mères de famille pour des connes inconscientes. Grouloulou ! Elles savent bien que les sourires, les bonbons, et les caresses généreusement prodiguées à leur progéniture sont source de pure dévotion. Une dévotion païenne, mais sincère.

Jørgen, qui n’avait jamais vu cet aspect sous cet angle, acquiesça et bailla aux corneilles.

Le silence s’installa dans le groupe des animaux.

A nouveau, quelques taxis parisiens traçaient dans l’avenue. Nordahl et Jørgen baissèrent alternativement leur cou. Nordahl reprit sa lecture, plongé dans les couvertures de revus porno, étalées dans le kiosque. Jørgen, circonspect, cogitait ses réflexions noires.

Il pensait qu’en effet, c’était fort déconcertant qu’un vieux barbu plus que centenaire ne se soit jamais attiré les foudres du Vatican, ni qu’aucune suspicion venant d’association de protection de l’enfance martyrisée ne lui ait été adressée.

Ses activités à la limite de la criminalité n’avaient jamais été prouvées, certes, mais ses comportements étaient tout de même troublants, lorsqu’on y réfléchissait à deux minutes. Et le QI d’un renne vaut largement celui d’une poule.

Mario, tout ébouriffé d’avoir tant gesticulé put enfin leur répondre à leurs attentes.

- Effectivement il est bien faux de dire que le Père-Noël soit un danger pour les enfants. Mais il est une menace pour les hommes.

Jørgen fronça les poils :

- Eh, arrêtes de secouer ton cervelet Monsieur le ramier. Tu disjonctes ou quoi ?

Nordahl remua l’oreille :

- Alors, en quoi notre maître est une menace pour le genre humain ?

- Grouloulou. Non, non, non. Pas le genre humain, répondit Mario, juste les hommes, exclusivement ceux du genre masculin.

Le gros renne eu le souffle coupé.

- Hein ?

Et le grand renne eu un blocage très bref au niveau du cœur.

- Ho !

Le pigeon leur expliqua que les petits garçons et les petites filles sont une couverture bien trop confortable pour le vieux bougre.

- Le père Noël ne change aucune de ses règles de vie, et ceci depuis des siècles, du pain béni de catéchisme. Il préfère s’occuper des petits marmots de la terre entière plutôt que de réveillonner avec sa femme. Et pourquoi, hein, je vous le demande ?

De point du vue de Mario, ce dernier aspect était très louche. Et sur son perchoir à journaux, il sautilla frénétiquement avec son unique patte.

- Qui croit-on abuser ?

- Je ne sais pas. Je donne ma langue au chat, répondit Jørgen.

- Ben, les hommes pardi. Tous les hommes. Et ce n’est surtout pas sa femme, qui a compris depuis fort longtemps le manège de son mari. Qui peut dire le contraire ? Son vieux mari invoque trop facilement l’excuse des bonnes œuvres annuelles pour se sauver du domicile conjugal. Allez ouvrez, vos yeux tous les deux, voyons.

Jørgen trouva le truc génial. Enfin une bonne discussion de mangeoire qui dérapait. Il fit un grand geste de la tête et convint hypocritement à l’assertion de Mario.

- C’est un fait, Monsieur le tourtereau. Le Père-Noël-Obsolète découche et tout le monde s’en satisfait.

- Père-Noël-Obsolète ? Pourquoi tu l’appelles comme ça Jørgen, maintenant ? lui demanda Nordahl qui avait abandonné les réclames aguicheuses de la vitrine du kiosque.

Nordahl ne comprenait pas le délire de ces deux amis. Jørgen par contre, trouva l’idée fameuse de déconner sur le nom de leur maître en lui rajoutant une épitaphe de café de commerce. Un salaud non, surement pas, mais Père-Noël-Démodé, Père-Noël-Vétuste, Père-Noël-Hémorroïde, Père-Noël-Schnok, Père-Noël-Viagra. Oui, ces enfantillages le faisaient rire.

Nordahl prit sa voix la plus grave et pompeusement annonça :

- Un peu d’histoire tout de même. Le Père-Noël, personnage sympathique et joufflu, toujours bienveillant, que nous connaissons chez nous autres norvégiens est aujourd’hui très éloigné de ses ancêtres. Ses origines sont floues et complexes, et il est aujourd’hui le résultat du mélange de plusieurs traditions et légendes, alors …

- … C’est un salaud ! Coupa Mario

Nordahl ignora Mario et reprit son monologue.

- On peut lire dans certains ouvrages païens que le Père Noël est plus vieux que nous le pensons. En fait, il aurait dix mille ans, au bas mot, selon les ethnologues. Non pas, bien sûr, dans sa forme actuelle, mais selon ce qu'il symbolisait à l'époque chez les peuplades indo-européennes, soit une sorte de sorcier incarnant l'Esprit de la nature. Et…Heu….

Oui….et ses représentations ont varié, suivant les lieux et les époques. Il prenait le plus souvent la forme d'un personnage masqué et cornu, branche à la main, enveloppé de peaux de bêtes... et barbu déjà ! Parfois, il était vêtu d'une longue robe. Et le sorcier jouait le rôle d'intermédiaire entre les chasseurs du groupe et l'Esprit de la forêt, qu'il tentait de se concilier, en lui offrant des sacrifices et en enflammant un arbre.

… et euh …alors que dis-tu de cela Mario ?

- Un salaud ! Reprit Mario.

Jørgen encore à son délire joyeux de bonnes paroles, pliait ses oreilles en alternance et dit :

- Hé hé. Et le Père-Noël-Daron, le Père-Noël-Totem, Père-Noël-lalalère… Ouais, d’ailleurs aussi, il serait aussi le dieu Odin, enfin je ne sais plus. De la mythologie germanique je crois. Certains rattachent même le Père-Noël-Moisi à la figure de Gargan, fils du dieu solaire celtique Beltaine. Ah ah, le Père-Noël-Wodan.

Un nouveau silence s’installait dans le groupe des animaux. Un silence envahissant qui préfigurait les prémisses de bavardages savants et désormais piquants. La nuit ne serait pas assez longue pour ces trois là.

Nordahl, Jørgen et Mario s’étaient rendu compte tacitement de ce nouveau souffle qui imprégnait leur discussion. Ils acquiescèrent de ce nouveau revirement.

Bref, l’on convenait ensemble que le vieil homme à barbe avec ses peaux de bêtes, moitié chasseur moitié sorcier, était dangereux. C’était une affaire entendue, mais comment poursuivre ?

Un camion de pompier, son avertisseur assourdissant passa en trombe sur l’avenue. Ensuite, deux SDF amoureux et éméchés déambulèrent à coté du kiosque. L’un d’eux cracha un glaviot entre les pattes des rennes. Signe de nouveau départ. Les deux loqueteux s’en allèrent sous la pluie noire et le regard sévère des deux rennes.

Une espèce d’homme en houppelande de clergé avec une béquille à la main, qui traversa précipitamment l’avenue du Maine, vint enrichir la réflexion des trois acolytes. L’halluciné gueulait des psaumes et vociférait des versets, en gesticulant l’air avec sa béquille. Au moment ou Jørgen lâcha un long jet d’urine sur le trottoir, l’homme en houppelande cria :

- Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mette au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jette dans la mer. Marc 9/42.

Mario lâcha une fiente grise sur la cagoule du type qui vociféra.

- Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les débauchés, les magiciens, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. Apocalypse 21/8.

Estomaqué par tous ses cris, Nordahl abandonna un crottin fumant, puis lâcha un long pet sonore. Le loufoque scandalisé braya enfin.

- Dehors les chiens, les magiciens, les débauchés, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge! Apocalypse 22/15.

Le Demi-Dieu-de-la-Nuit arrêta de psalmodier, se retourna du groupe et reprit en sens inverse sa course folle. Il traversa l’avenue en claudiquant, et faillit s’emplafonner dans un bus de nuit. Il disparut rue de la “Gaîté”.

Les écritures saintes avaient parlé. Le Père-Noël s’était révélé comme un salaud.

Nouveau calme dans le quartier. Paris coulait ces dernières heures paisibles avant de se réveiller avec les premières gueules de bois d’une série de plusieurs jours.

Le quartier du XIV arrondissement, habituellement peut familier aux véhicules tapageurs ou clinquants, fut le témoin en cette nuit du 25 décembre d’une scène étonnante. Un bolide sortit de l’enfer traversa l’avenue de manière fracassante. Passage instantané, mais Nordahl reconnut une Ford rouge Mustang de 1964. Fabuleux, un vrai mythe à l’orée de la gare Montparnasse. Vraiment Incroyable ! C’était la version basique, moteur six cylindres en ligne de deux litres huit et de deux V8 accouplés à une boîte manuelle de trois rapports. Des jantes noires de type "American Racing", un grand classique, avait été rajouté. Nordahl connaissait son look branché. A Ålesundskørgen dans leur ferme d’élevage en Norvège, il y en avait une pareille, sans les pneus, complètement saccagée qui servait de poulailler. Les rennes venaient de loin pour admirer l’épave qui faisait la fierté des rennes de la ferme, et entre autre de Nordahl et de Jørgen.

Mais ce qui fut le plus incroyable encore, ce soir, était que

la Ford Mustang

repassa dans le sens contraire, et à très faible allure cette fois-ci. A cent cinquante mètres environ de la station de métro “Gaîté”, la voiture ralentit complètement, puis passa lentement à la hauteur du kiosque. On ne pouvait distinguer l’intérieur de véhicule. Les vitres étaient fumées. Nordahl et Jørgen regardaient la scène ébahie. Jørgen pensait qu’il ne manquait plus que Steve McQueen. Sortant du véhicule, puis ouvrant le coffre pour attraper un sac d’avoine. Répandant son contenu aux pieds des deux bêtes à cornes et annonçant aux bêtes. « Happy Christmas Nordahl and Jørgen ».

Après quelques instants, le véhicule accéléra en trombe dans une bourrasque de rugissements. Il disparut par où il était apparu.

Après cette tempête d’invraisemblances, Nordahl avait les naseaux secs et Jørgen ressentait un sentiment de malaise profond. Il s’imaginait avoir reconnu un des passagers du véhicule.

Mario le pigeon, ramena les deux compères aux réalités présentes et dit :

- C’était quoi ça ? L’apocalypse, après les prophéties ?

- Non, juste un vieux rêve de chez nous, dit Nordahl. Laisse tomber.

- On parlait de quoi déjà tout à l’heure ? Demanda Jørgen.

- Du Père-Noël-Ancètre et tu disais que c’était un salaud, ironisa Nordahl.

Mario dit que oui, et que d’ailleurs

la Mère-Noël

l’avait su dés le début de leur mariage. Qu’elle avait bien tout compris. Qu’à l’heure de la mondialisation, toute la logistique de la distribution des cadeaux était faite, depuis quelques années déjà, avec les nouvelles technologies. La fibre optique, Fedex et Chronopost. Mère-Noël pensait même que cette intendance était contrôlée, pilotée et coordonnée par un central ultra sophistiqué façon National Security Agency.

Le pigeon pas peu fier d’être enfin entendu par les voix du Seigneur reprit :

- Vous voulez tout savoir les deux quatre-pattes ? Je vous le dis en mille, Monsieur le Père-Noël-Délabré découche. Grouloulou loulou.

Deux grosses berlines passèrent à grande vitesse en klaxonnant devant l’attroupement animalier. Les derniers fêtards de la nuit sans doute. Les rennes tournèrent distraitement la tête en direction du boucan puis ignorèrent le trafic routier.

- …

- …

- Quand et où ? Dit Jørgen.

- Et avec Qui ? Questionna Nordahl.

Le pigeon picora une dernière fois la croûte de son trou de cul, fit claquer ses vertèbres lombaires et d’un geste ample de va et vient de la tête que seul ce pigeon était capable de produire, proposa aux rennes son explication.

- Puisque personne ne s’intéresse aux activités du Père-Noël entre le 1er janvier et le 25 décembre de l’année suivante, la première réponse est probablement toute l’année. Et pendant toutes les fêtes de la nativité, monsieur le Père-Noël-Baveux découche également. Et ostensiblement cette fois-ci. Il n’a pas de voisin pour fouiner dans sa vie conjugale, pas de chef pour contrôler ses horaires, pas d’amis pour fureter dans ses moments de solitude, pas de religion pour le guider. Cet homme est libre d’aller et venir aux quatre coins du monde. C’est son boulot solennel, sa légitimité annuelle. Et surtout pendant les jours qui précédent la fin de l’année, il profite de sa notoriété au détriment du monde entier.

Jørgen avait écouté et confirmé que personne ne pouvait dire le contraire. De manière factuelle, l’intéressé n’avait jamais démenti. Leur maître s’absentait souvent de son lointain pays.

Mario expliqua ce fait établi.

- Le Père-Noël-Défraîchi ne s’aventure jamais dans les zones de guerre. Il ne se risque pas dans les jungles chiapastiques ou colombiennes. Il n’apparaît guère aux travers de conflits ethniques. L’a-t-on vu dans le bourbier des favelas mexicaines ? Groulou ! Croisé dans un quelconque quartier pauvre de Kigali ou de Lagos ? Groulou ! Le Père-Noël-Sénile au Congo-Kinshasa ? Grouloulou loulou ! Vous rigolez. Même avec sa hotte remplit de kalachnikov en plastique, ses épées lumineuse de Dark Vador et les fouets en sky d'Indiana Jones, il ne ferait pas le poids. Comme tout le monde, il a peur. Des Talibans, des enfants soldats, des révolutionnaires, des séditieux. Il est terrorisé par les narcotrafiquants djihadistes et les vilains barbouzeux d’Iran et d’Irak. Et ce, malgré que tous ces affreux mercenaires de la planète soient tous également père. Père de rejetons qui croient toujours au Père-Noël-Ridé.

- C’est vrai ! approuva Nordahl. Le monde entier lui écrit, et lui ne répond jamais à ses interlocuteurs. Jamais de courrier, ni un coup de téléphone aux gamins. Tu parles d’un mec engageant. Un négociateur ? Aucun talent de médiateur international. Qu’est ce t’en pense Jørgen ?

Jørgen approuva et Mario poursuivit :

- Certains l’aperçoivent au détour d’une sortie de grand magasin ou sur les places de marchés. Mais le plus souvent, c’est sur les grands boulevards desservant les hôtels de luxe des capitales internationales, et principalement dans les secteurs sur-éclairés de la nuit que le Père-Noël-Barbon est aperçu. Certains privilégiés peuvent même le voir dans les boîtes des Champs-Elysees. Voyez-vous, le Père-Noël-Caduc est un personnage qui intéresse les femmes. Il réunit – non il accumule – toutes les caractéristiques idéalisées et recherchées par la gent féminine auprès des hommes.

Mario proposa à Jørgen et Nordahl de décrire formellement leur patron. Après, il leur soumettrait ses arguments pour étayer sa démonstration. Preuves que les femmes étaient toutes alanguies de ce super héros super unique en son genre.

Ne comprenait pas ou le pigeon voulait en venir, Nordahl remua le museau. Il leva la tête et respira profondément, recherchant dans l’air chaud, un souffle glacial qui ni vint pas. Il avait envie de chambre froide et de dormir.

Puis Jørgen prit la parole, et se lança dans la description du Père-Noël comme il le voyait tous les jours. Simplement.

- Il s’habille comme un pompier.

- Grouloulou, lou euh… La légende du sauveur au casque d’or est inaltérable. Répondit Mario.

- Il tient l’alcool.

- Le style Gainsbourg est tenace auprès des ménagères de plus de cinquante ans.

- Il porte beau la barbe.

- Jim Morrison et Jésus incarnés dans le seul désir de la femme vestale.

- Il pilote dans les airs à mach 2.

- Le folklore TopGun reste un must auprès des demoiselles.

- Il aime les enfants.

- Le rêve de toute femme. Future épouse impatiente qui sera rassurée par l’amour de son prince auprès de ses futurs enfants. Progéniture, que son prince lui promet dés leurs premiers ébats dans un hôtel fomule1, ou plus souvent dans sa chambre de bonne.

- Il me cajole souvent le poil du museau avec ses battoirs.

- La tradition immortelle du terroir rassure la bourgeoise.

- Il sent bon le sapin.

- L’attirance des fragrances naturelles auprès des vraies fausses demi-vierges.

- Il adore la fête et les nuits étoilées.

- L’attrait du bohème play-boy-poète pour citadines en rupture de Sorbonne.

- Il a un gros nez.

- Grouloulou, le charme d’un appétit insatiable et d’une protubérance inavouable mais engageante.

- Il sourit tout le temps.

- L’enchantement féminin par excellence. Par ces temps de crise, le must.

- Il porte des petites lunettes à cerclage fin.

- Preuve d’une grande intelligence. Modestie et honnêteté, sont toujours très appréciées auprès des femmes mures.

- Il vit en ascète dans des régions hivernales.

- Marque d’une santé robuste et de prédispositions qui longtemps refoulés, vous pètent le jour du grand soir. Je vous dis pas lorsqu’il a l’occasion de se livrer sur la première venue.

- Ben….Il est gros.

- Symbole sexuel fascinant du pouvoir et de l’argent.

- Il est orné d’un ceinturon en cuir noir.

- Des nuits sauvages prometteuses.

Jørgen regarda Nordahl, cherchant de l’aide auprès de lui. Nordahl resta muet. Puis Jørgen dit :

- Le Père Noël est un homme de peu de mots. On sait cependant qu’il dit, à maintes occasions : « Oh, Oh, Oh ! » Alors, t’as une idée Mario ?

- Grouloulou …. T’as déjà essayé de siffler les filles sur ton passage avec des gants ?

Nordahl était échauffé par la tournure de maître pigeon sur sa vitrine perchée. Sa morgue et son insolence commençaient à indisposer le grand renne, qui répliqua dans un grand vagissement alpestre :

- Il est paré de rouge sang de la tête au pied, et cela de manière seyante !

- Oui t’as raison Nordahl, dis Jørgen en riant. Je crois que c’est surtout ça qui décrit le mieux notre maître le Père-Noël-Gériatrie.

Pour Mario, l’allégorie était outrageusement explicite.

- L'amour, la passion, l'érotisme, la chaleur accueillante, l'appétit, la vie, la force la fête, le spectacle, le luxe, la richesse, le plaisir, le désir, la luxure, l'amour divin. Grrrlou loulou

Mario avait raison, entièrement raison sur toute la ligne.

Le pigeon indiqua mielleusement :

- Le rouge et le blanc, la barbe immaculée, le style gargantuesque fallait l’inventer tout de même. Qui aurait pu oser ?… Le Père-Noël-Eclopé l’a fait et ça marche depuis des années maintenant !

Jørgen donna des coups de sabots pour de faux sur une congère imaginaire et marmonna dans les poils de sa barbichette.

- Le rouge, le blanc, le rouge, le rouge, le blanc,

- … Grouloulou.

Le petit gros reprit :

- T’as vraiment pas une cervelle d'oiseau toi. De surcroît, t’as encore raison Mario. Je te le concède. Tiens je pense à un truc maintenant. Présent sur toutes les autoroutes, ou départementales, ou même au détour d’un virage de montagne, ou sur un chemin vicinal perdu dans le Jura, ou dans les coins les plus perdus de la Drome, le fameux cône de signalisation de chantier renvoie sempiternellement au Père-Noël-Vioque.

Mario approuva d’un coup d’aile

- Ouais, le cône en PVC est rouge et blanc.

Jørgen reprit :

- Un message phallique destiné à toutes les conductrices, leur rappelant l’existence du Père-Noël-Bonique et du bonheur promis.

Nordahl se soumit à ces évidences et osa finalement, que tous ces panneaux “STOP” et autres formes triangulaires rouge et blanc, étaient des invitations à transgresser les interdits.

- Ouais, les interdits rouge et blanc renvoient aux origines du monde. Au pied du pommier, Eve avait croqué le fruit rouge à chaire blanche.

En fait, les trois comparses s’accordèrent pour conclure finalement que tous les hommes, par dépit, avaient tenté de copier et d’imiter, sans jamais évidemment égaler le Père-Noël.

Les hommes étaient stupides. Après le temps où ils croyaient au Père-Noël, après le temps où ils ne croyaient plus au Père-Noël, venait le temps où ils étaient le Père-Noël. C’était un grand classique, lorsque le père de famille se déguise en Père-Noël. Pas pour ses enfants, ces derniers le reconnaissaient tout le temps, mais pour satisfaire leur femme, le temps d’une soirée carnavalesque un peu moins triste.

Mario indiqua d’autres évidences, qui rappelaient cette tendance qu’on les hommes à tenter de se rapprocher du Père-Noël ou de le caricaturer, afin de le discréditer auprès de leur compagne.

- Starsky et Hutch roulaient en Ford Gran Torino coupé 1975, équipée du V8 460 chevaux. Mais cela ne suffisait pas pour assurer le style, il fallait que les deux flics américains rajoutent ce ruban blanc ridicule. Ils ont longtemps appelé leur bolide la “Tomate Enrubannée”. Mais personne n’est dupe ! Une façon déguisée de faire croire à toutes les téléspectatrices qu’ils avaient la voiture du Père-Noël-Patriarche.

Et l’interjection classique au restaurant : « vous préférez du rouge ou du blanc ? ». A nouveau l’amant dans sa mâle condescendance ne peut tenter de rappeler à sa douce dulcinée, et cela, il le croit naïvement, de manière feinte, un renvoi inconscient au Père-Noël-Bigleux et à sa toute puissance érotique en essayant de se substituer à lui.

Et les suisses ! Pourquoi un tel drapeau ? Mais c’est d’une évidence désolante. Ils sont depuis le moyen-âge les plus mauvais amants de toute la terre. A l’appui encore la dernière grande enquête que j’ai lue dans le “Parisien”. Lors de la création de leur état en 1291, et connaissant leur gout timoré pour les conquêtes territoriales, les suisses ont cherché à ramener en terre helvétique toutes les femmes d’Europe avec un simple drapeau rouge, crevée d’une croix blanche… et ça marche depuis huit siècles ! La flèche est à Cupidon ce que le drapeau Suisse est au suisse.

Autre chose, mes amis, dans l’analyse du Petit Chaperon rouge, cette question paraît essentielle. Le rouge évoque le danger qui menace la petite fille, mais associé au pot de beurre blanc offert à une vraie fausse grand-mère habillée de sa nuisette blanche, il devient une escroquerie. L’homme n’est qu’un loup qui ne pourra jamais égalé le Père-Noël-Birbe. Et les frères Grimm ont osé brocarder le Père-Noël-Baderne auprès de millions de petits enfants avec une Blanche-Neige empoisonnée par une pomme rouge empoisonnée.

Nordahl convertit à la thèse savoura l’instant, et paracheva lentement par ces mots :

- Le rouge mélangé à du blanc donne la couleur rose qui reste éternellement l’apanage des femmes. Il les attire c’est sur, c’est un crève cœur !

- Donc en résumé, dit Jørgen, le Père-Noël-Croulant baise tous les ans pendant sept jours consécutifs dans une grande suite, quelque part au sommet d’un grand hôtel international, avec les plus belles femmes du monde.

A cet instant, Mario souleva son goitre, pensif, et se souvint de Marie, sa colombe préférée. Elle se refusait à lui. Hier encore, il avait exhibé crânement son plumage gris-noir à sa femelle, plus terne qu’elle, s’était dire le laideron. Il arrivait même à hérisser les plumes de sa poitrine et de sa tête simultanément. Queue en éventail, exhibant les blafardes couleurs grises de ses plumes. Mais Mario n’arrivait pas à impressionner sa princesse, ce qui le rendait souvent triste. Encore plus maintenant, à l’évocation de ces considérations sur le luxe et l’attirance du Père-Noël auprès des femelles humaines. Mario était peiné. Son infortune du moment lui fit glisser une larme qui sécha instantanément dans le froid de la nuit parisienne. Il reprit froidement :

- La démonstration de ce postulat est l’analyse de la représentation de la femme par les médias de propagande populaire que sont les revus de culs. Et je vous le dis, Nordahl et Jørgen, les femmes au mois de décembre sont complètement différentes.

- En décembre, pourquoi ça en décembre ? demanda Nordahl.

Mario répondit :

- Et bien, dans ces magazines de charme, en janvier, ont-elles plus froid qu’en août ? Non toujours toute nue !

En avril sont-elles découvertes d'un fil ? Non toujours à poil !

En juillet sont-elles couvertes de bleu blanc rouge ? Non toujours défeuillées !

En septembre sont-elles habillées de feuilles de vignes ? Non toujours en costume d'Ève !

Et en novembre sont-elles vêtues, assises sur le capot du dernier modèle présenté au salon de l'auto ? Non toujours la fesse à l’air !

Non, mes amis je vous le dit franchement….

….Elles s’affichent nue toute l’année sur les premières pages des revues de l’homme moderne, et panneaux publicitaires du métro à l’exception des fêtes de Noël du mois de décembre.

Nordahl releva la tête vers le haut de la vitrine. Il contemplait une à une les premières pages des magazines porno de la devanture du kiosque. Ensuite, il observa Mario d’un regard interrogateur. Décembre différent des autres mois de l’année ? Non, franchement il ne voyait pas.

Mario poursuivit, allongeant son aile en direction de la vitrine, et désignant sa vindicte.

- Après les ivresses nocturnes faites de stupres et de champagnes, vient l’ultime abaissement. Après être chaperonnées par leur amoureux Père-Noël-Vétéran, ces femmes exposent leurs invariables sculpturales formes. En couvertures sur toutes les revues de charme licencieuses, mais avec un petit plus, là ici, vous voyez le petit plus ?

- Quel petit plus ? Demanda Jørgen.

- Grouloulou, regarde bien, le petit gros. En décembre, le péquin de base peut admirer ces belles dénudées, mais toujours coiffées. Soit d’une capeline, soit d’un bonnet ou bien tu sais, ce truc ravissant, une colinette. Et le couvre-chef est systématiquement rouge et toujours bordé de mousseline blanche.

Nordahl approuva cette vérité mais resta sur sa fin. Mario enchaina :

- Point de modestie, le plaisir fut trop grand et pour fanfaronner sans aucune autre forme de retenue, ces femelles humaines se coiffent du fameux bonnet rouge - ridicule mais ô combien convoité – pour dire à toutes celles et ceux que, « moi le Père-Noël je me le suis fait ».

- Eeeeeh, bin mince alors, dit Jørgen.

- Ah Oui ? Dit Nordahl

- Grou..lou…lou ! Roucoula l’oiseau.

A ce moment de la soirée, tout avait été dit.

Soudain, le Père-Noël apparut au fond de la rue de Vercingétorix. Il avait vraisemblablement terminé sa tournée de quartier. En empiétant un sac poubelle sur le trottoir, il remonta sa braguette et fit disparaître discrètement une nuisette satinée qui dépassait de la poche de son pantalon. Il avait l’air heureux, satisfait de ses emplettes. Il se rapprocha des rennes, donna une tape affectueuse sur la croupe de chacun d’eux, puis s’apprêta à les atteler au traîneau garé devant la twingo grise immatriculée 68. Les rennes regardaient le vieil homme avec mépris. Il avait gâché toute leur soirée. Le Père-Noël trouva leurs expressions bizarres qu’il ne leur reconnaissait pas. Il ne s’en formalisa pas plus, et reprit ses activités avec ses gestes lents.

- Alors les deux pédés, va falloir y aller. J’ai pas fini de m’amuser moi…

- Connard !

- Connard.

- … Grouloulou …

- Hein ? Quoi ?

A ce moment, une voiture déboula à toute allure sur l’avenue du Maine. C’était la Ford rouge Mustang de tout à l’heure. On y vit clairement les feux antibrouillard sur la face avant et les décalcomanies sur le bas de caisse. Elle fit une grande embardée sur le coté, percuta le trottoir, effleura une rangée de scooter qui tombèrent en domino, et redescendit lourdement sur la chaussée. Puis, la voiture s’arrêta net. Le capot avant suintait des vapeurs grises. D’un coup, le bolide reprit une accélération phénoménale en faisant rugir ses pneus larges. Le V8 et les 225 chevaux dans toute leur splendeur. Le bruit de changement de vitesses claquait sec. Deux cent mètres à fond la gomme, droit devant, puis quittant sa direction initiale, la voiture glissa sur vingt mètres plus ou moins volontairement, peut être suite à un défaut d'adhérence au sol lié à la chaussée trempée, mais visiblement un dérapage très bien contrôlé au final. Les freins à disques à l'avant du véhicule crissaient en fin de virage dans un bruit métallique assourdissant. Le véhicule finit brutalement son demi-tour sur place. Il vrombit à nouveau par soubresauts terribles vers l’avant. Ensuite, par bonds saccadés de dix mètre et enfin par petits à-coups, jusqu’à venir s’amarrer dans le cul de la twingo grise immatriculée 68. Une dernière saccade vers l’avant, et la voiture s’immobilisa avec un terrible vroum. Dernière fureur sonore juste à la hauteur des rênes qui n’avaient rien lâché de ce spectacle inouïe. Enfin, les tremblements de la Ford Mustang cessèrent définitivement.

Les deux portières avant s’ouvrirent. Coté conducteur, d’abord des bottines en cuir, puis des jambes longilignes dans un textile rouge moulant s’extirpèrent de l’habitacle. Les jambes s’allongèrent et hissèrent le reste du corps entier vers l’extérieur. La femme contourna la portière du véhicule qu’elle laissa ouverte. Ses pas souples claquèrent le long de la chaussée, firent le tour par l’arrière de la voiture, pour s’arrêter devant le coffre. La femme ouvra le coffre très lentement. Puis après un moment assez long, le coffre resté ouvert, ses pas se dirigèrent vers le Père-Noël, pour s’arrêter à deux mètres devant lui.

La femme portait un manteau rouge en taffetas de soie orné d'un nœud et rehaussé d'une capuche blanche en laine jacquard. Dessous, une robe Galliano drapée rouge vif. Sublime modèle féminin à souhait ! Et le détail glamour de la jupe. Elle était fendue jusqu'au genou et était atténué par un décolleté chic et simple qui dévoilait seulement ses épaules. Des épaules crème constellées de tâches de rousseur. On ne pouvait pas pour autant oublier les détails de la fleur ton sur ton posée sur la robe et le somptueux drapé qui la parcourait sur toute sa longueur. Vraiment, la grande classe. Et ce coté affolant avec ça. Enfin, sa capuche recouvrait une grande partie du haut de son visage. Visage très blanc, avec des tâches de rousseur partout, et des mèches de cheveux vénitiens qui filaient sous son menton. Bon sang, que cette femme était belle.

Mario avait le sifflet éteint.

Nordahl et Jørgen l’avait évidemment reconnu. C’était la Mère-Noël et elle était en colère.

Une seconde femme sortit côté passager. Elle était noire, peau ébène d’une grande beauté également. Elle avait des mèches noires unies, aux teintes criardes rouges et violettes sans malgré tout jurer sur son teint de peau. Sa bouche était mise en valeur par un simple coup de rouge, et son regard charbonneux avait un tracé au khôl, laissant deviner une impression de déesse égyptienne.

Grande, habillée d’un manteau rouge fermé qui lui remontait jusqu’aux joues, mais qui laissait quand même paraître une certaine froideur sur son visage. Elle portait un chapeau Chanel en laine blanche en forme de canotier.

Sous son manteau, la Mère-Noël serrait dans ses mains un fusil à pompe.

Le Père-Noël lâcha les brides des rennes au sol, abasourdi tant par la vue de sa femme en colère, que par l’immense beauté de l’autre femme qui l’accompagnait. Il recula lentement. Inquiet, il vit le canon rayé braqué en direction du sol qui sortait du manteau de sa dame.

La femme parla :

- Qu’est ce tu m’as embêté ce soir. Je t’ai cherché partout. Où étais-tu donc parti mon chou ? Hein ?

- Chérie qu’est ce que tu fais ?

La Mère-Noël se tourna lentement vers les rennes. Nordahl sourit à sa maîtresse sentant venir le destin juste, les yeux larmoyants de sollicitude. La Mère-Noël arma son fusil, et tira dans la gueule du renne qui explosa. Jørgen en retrait, était en train d’uriner abondamment sur le sol, mort de trouille, créant une rivière qui se répandait autour des bottines de la Mère-Noël. Il ne comprenait plus ce qui se passait. Pourquoi cette haine, cette injustice soudaine. Tant de discussions vaines, ce n’était pas possible. Il n’eut pas loisir de disserter plus longuement, car la Mère-Noël imprima un mouvement de va-et-vient à la garde avant de l'arme, et tira dans le flanc droit de l’animal. Celui-ci littéralement coupé en deux s’affaissa de tout son poids, déversant ses litres de sang fumant autour du kiosque.

La Mère-Noël regarda maussadement la scène d’horreur, puis se retourna dans la direction du Père-Noël. Elle pivota vers la femme noire qui vint se blottir dans le bras gauche de la femme rousse. Les deux femmes se souriaient tendrement. La Mère-Noël tourna son visage vers sa compagne et d’un geste infiniment lent, effleura son nez sur la joue ébène de sa compagne, puis lui mordilla les lèvres pulpeuses. Elles s’embrassèrent passionnément. Leur baiser était celui d’un amour indéniablement débordant. Toute à son étreinte, la Mère-Noël dirigea son regard vers son mari, et lorsque ce dernier la regarda faire, elle abandonna son baiser.

- Tu m’as vraiment embêté ce soir, bon sang. Vraiment je t’ai cherché partout.

- Chérie qu’est ce que t’as fais ?

- Alors, elles étaient bonnes les petites parisiennes ce soir ?

- Hein. Qu’est ce que tu dis mon amour ?

- Ca suffit gros dégueulasse. Ta chérie te demande si t’as bien vidé tes couilles ce soir.

- Mais que racontes-tu là ? Et qu’as-tu fais à ces pauvres bêtes ?

- Je n’ai jamais supporté tes bêtes stupides. Jusque dans le chalet, y’a avait leurs odeurs de bêtes insupportables !

- Et cette femme avec toi, c’est horrible ?

- Ah oui, je te présente l’ex de Melchior. C’est une reine Mage. Comme elle a les mêmes petit soucis que moi ces temps ci, nous avons décidé de faire un petit bout de chemin ensemble.

- Jésus, Marie, Joseph.

- Tais-toi, connard.

La Mère-Noël

à l’aide de son seul bras libre, imprima vigoureusement sur le canon un dernier mouvement de va-et-vient en l’air, puis abaissa lourdement l’arme de chasse. Lorsque le canon pointa enfin sur le ventre rouge du vieux Père-Noël,

la Mère-Noël

le pulvérisa.

- …euuurGhhrrr…………eurgh nnoel

- …Salaud de père noël.

- …

- Grouloulou….

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Pour ceux et celles qui ont eu un peu de mal à verser une larme, l’auteur suggère de tout relire avec la BO suivante : D’abord en boucle avec “No Presents For Christmas” (King Diamond), puis avec "Mistress For Christmas" (AC/DC) et le final “Blue Christmas” (Elvis Presley).

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